La plupart des analystes estiment que les jours du tyran sanguinaire de Syrie, Bachar al-Assad sont comptés. Depuis le début du soulèvement populaire en mars, au moins 2 700 Syriens ont été assassinés par le régime, certains après avoir subi d'effroyables tortures. Assad devrait prier Dieu afin que lui et les membres de son clan ne tombent pas vivants entre les mains des familles des suppliciés.
Le père de Bachar, Hafez al-Assad a pris le pouvoir à l'occasion d'un coup d'état militaire en 1971. Il lui a succédé en 2000. Pendant leurs quatre décennies de dictature, les Assad ont placé des membres de leur famille dans tous les postes névralgiques du parti Baas, de l'administration, de l'armée syrienne et des services de sécurité. La plus importante division de l'Armée syrienne est commandée par Maher al-Assad, le frère de Bachar qui commande également la garde présidentielle de plus de 40 000 hommes.
Les Assad sont des alaouites, une secte chiite dissidente. Même s'ils ne constituent que 10 % de la population de Syrie, ils monopolisent tous les fonctions importantes du pays. La majorité sunnite est totalement exclue des postes de responsabilité.
Ces conditions font craindre que le printemps syrien se transforme en conflit sectaire et engendre une longue guerre civile. Pour éviter cette éventualité, les États-Unis, l'Europe et la Turquie ont favorisé la constitution, le week-end dernier, d'un conseil national de la résistance syrienne à Istanbul. La résistance syrienne est encore plus divisée que celle de Libye. On y retrouve des islamistes, des laïcs, des exilés de longue date et des opposants de l'intérieur, des clans ethno-linguistiques (Araméens?) et des sectes religieuses comme les Druzes.
La solution pour éviter le bain de sang sectaire : une éjection rapide du régime Assad. Exactement ce qui n'a pas été réussi en Libye. C'est avant tout à la Turquie de jouer, épaulée par l'Europe et les États-Unis. Elle est le premier partenaire commercial de la Syrie. Il faut faire mal aux élites et sans toucher la population. On envisage de cibler les quelques milliers de profiteurs du régime en les frappant dans leurs comptes de banque à l'étranger et en leur interdisant de voyager. Pour eux, plus de Suisse et de Côté d'Azur. Ils devront se contenter des folles nuits de Téhéran. Pour éviter d'infliger des difficultés supplémentaires au peuple syrien, la Turquie ne va pas limiter l'approvisionnement en eau et en électricité au pays.
Il serait surprenant que de telles sanctions aient raison du régime Assad. Et de toute façon, on voit mal comment le régime successeur pourra éviter une terrible vindicte populaire contre les alaouites. Les sunnites se rappellent qu'Hafez al-Assad a fait massacrer 30 000 des leurs dans la ville de Hama en 1982 pour réprimer un soulèvement des Frères musulmans.
La Syrie semble engagée dans une logique de guerre civile. Selon certaines informations, dix mille soldats, surtout des sunnites, auraient déjà déserté s'apprêtant à mener une guérilla contre les éléments fidèles à Assad. Dans les villes, chaque secte est en train de constituer sa milice. Les armes entreraient en masse du Liban voisin.
Une guerre civile opposant sunnites majoritaires aux alaouites (chiites) entrainerait inévitablement des interventions étrangères. D'un côté, l'Iran et le Hezbollah et même l'Irak chiite voudraient défendre des coreligionnaires et un allié, Assad. De l'autre, la Turquie, l'Arabie Saoudite et les Émirats du Golfe se porteraient à la défense des sunnites.
Le conflit pourrait rapidement gagner le Liban et se répandre ailleurs au Moyen-Orient. Espérons qu’un véritable miracle arabe complète le printemps syrien et évite l’embrasement de la région.
Les bouleversements engendrés par l'auto-immolation d'un jeune Tunisien au début de l'année vont se poursuivre pendant des décennies.
