ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    La Russie de Poutine est un pays plus juste que les États-Unis d’Obama

    Manifestation contre le régime de Vladimir Poutine à Moscou.L'image que les médias projettent de la Russie est celle d'un pays où des milliardaires corrompus associés à Poutine accaparent les immenses richesses du pays et laissent croupirent dans la pauvreté la plus abjecte les 142 millions de Russes qui n'ont pas de connexions politiques. La preuve me direz-vous ce sont les manifestations massives qui ébranlent le pays depuis plusieurs semaines.

    Pourtant, la réalité sociale en Russie est sensiblement différente. Le pays compte actuellement plus de milliardaires en dollars que tout autre pays de la planète. C'est vrai. Mais les plus récentes statistiques indiquent que les revenus y sont plus équitablement répartis qu'aux États-Unis.

    Pour mesurer les inégalités économiques dans un pays, le statisticien italien Corrado Gini a développé un coefficient qui porte son nom. Il tient compte des revenus, mais aussi de la propriété de la résidence.

    Dans une société égalitaire idéale, tout le monde aurait le même revenu ce qui se traduirait par un coefficient de Gini de zéro. Dans une société parfaitement inégale où un seul individu posséderait toute la richesse, le coefficient de Gini serait de 1.

    De la théorie, passons à la pratique. Actuellement, selon la CIA, la Suède, la Hongrie et la Norvège sont les trois pays les plus équitables de la planète avec un coefficient de Gini autour de 0.24. La Namibie ferme la parade des inégalités (140e rang) avec un coefficient de 0.70. Le Canada se situe au 36e rang avec un indice de 0.32 comme la France, mais derrière l'Allemagne (0.27) au 11e rang.

    La Russie, 88e rang (0.42), surclasse les États-Unis, 100e rang (0.45). Parmi les pays avec un coefficient semblable à celui des États-Unis (0.44-0.45) on retrouve le Mozambique, l'Iran, le Cambodge et l'Ouganda.

    Au cours de la dernière décennie, l'écart s'est creusé entre les riches et les pauvres aux États-Unis. En Russie, les riches ont accru massivement leur richesse, mais le boom économique qui a commencé avec la présidence de Vladimir Poutine a fait que l'accession des pauvres à la classe moyenne s'est faite encore plus rapidement.

    Le blogueur Ben Aris de Russia beyond the headlines explique que depuis l'an 2000, le PIB russe a augmenté de 7,5 fois alors que les salaires moyens ont augmenté de 14 fois, passant de 50 $ à environ 700 $ par mois. Si les États-Unis connaissaient une croissance comparable, le revenu par habitant passerait de 40.000 dollars actuellement, à 560.000 $ avant la fin de la décennie.

    Aris signale que l'excellent score de la Russie s'explique aussi par le fait que tout le monde est devenu propriétaire de son logement après l'effondrement de l'Union soviétique. Des spécialistes estiment que c'est le plus important transfert de richesse d'un État à son peuple de l'histoire de l'humanité.

    La classe moyenne émergente russe, estimée à 60 % de la population, a le plus à perdre d'un gouvernement inefficace et corrompu. Cela explique en partie les manifestations actuelles. Mais il ne faut pas oublier que le régime jouit d'appui important de la population russe à cause de la prospérité extraordinaire qu'il lui a apporté. Les opposants qui descendent dans la rue ne constituent pas une force politique cohérente. Avec 49 % des suffrages le parti de Poutine, Russie unie, a écrasé la principale formation de l'opposition, le Parti communiste qui a obtenu 19 % des voix lors des législatives de 2011. Russie juste, un parti à la fois communiste et nationaliste a scoré 13 % et le Parti libéral-démocrate d'extrême droite, 11 %. Le SPS qui prône un capitalisme à l'occidentale n'a même pas réussi à faire élire un député.

    Il y a eu fraude électorale en Russie, mais cette fraude ne peut expliquer que Poutine obtienne 20 % plus de voix que ses plus proches adversaires. La prise du pouvoir en Russie par l'une ou l'autre des formations politiques d'opposition ferait rapidement regretter Poutine, tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur. S'il veut remporter les élections présidentielles de cette année avec des suffrages accrus, Poutine se doit de prendre des initiatives spectaculaires en faveur de la société civile.

    C'est quand même un signe des temps que la Russie de Poutine soit une société moins inéquitable que l'Amérique de Obama.