ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    La réconciliation entre le Fatah et le Hamas. Pour qui sonne le glas

    La révolution en cours dans le monde arabe va complètement bouleverser la donne dans le conflit israélo-arabe. Le premier signe de cette tendance lourde est la réconciliation des frères ennemis palestiniens au Caire.

    Grâce aux bons offices égyptiens, le Fatah laïque et le Hamas islamiste qui s'entretuaient, se torturaient et s'emprisonnaient depuis quatre ans s'engagent à définir une politique commune et à tenir des élections d'ici un an.

    ©AFPLa réconciliation générale a lieu au grand damne des Israéliens et des Américains. Le président d'Israël, Shimon Perez, qualifie l'accord d'erreur fatale tandis que le premier ministre Benyamin Netanyahu affirme qu'il rend impossible toute négociation de paix. Quant à son ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman (extrême droite raciste) il menace l'Autorité palestinienne d'un vaste arsenal de mesures de représailles.

    Le professeur Likoudnik Emmanuel Navon de l'Université de Tel-Aviv n'hésite pas à dire que c'est une déclaration de guerre et que le président de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas se prépare à un affrontement avec Israël.

    Washington va rapidement se mettre au service d'Israël contre les Palestiniens. Le lobby pro-israélien, qui dicte la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient, va dans un premier temps imposer une suspension de l'aide américaine à l'administration palestinienne.

    Mais cela a moins d'importance que par le passé. Les états de la péninsule arabique, l'Arabie Saoudite en tête, et l'Iran ont largement les moyens de la remplacer. Quand le Hezbollah a accédé au gouvernement à Beyrouth, Washington a menacé d'interrompre son aide militaire au Liban. L'Iran a immédiatement proposé l'équivalent.

    Le temps et les événements jouent contre les États-Unis et Israël. Depuis deux ans, la Turquie, la puissance économique et militaire montante du Moyen-Orient, est passée d'alliée d'Israël à une neutralité hostile. Avec le renversement de Moubarak, l'Égypte est engagée dans un même processus de distanciation de l'État juif.

    Dans les deux cas, ces réalignements s'expliquent par l'obstination du gouvernement Netanyahu à poursuivre sa politique de colonisation en Cisjordanie au mépris du droit international et ses violations des droits de l'homme et des lois de la guerre dans ses interventions militaires musclées des dernières années.

    Ceux qui contestent le président Bashar al-Assad de Syrie ne peuvent être considérés comme moins hostiles que lui envers Israël. C'est plutôt le contraire. Les mêmes tendances antiisraéliennes sont évidentes dans tous les groupes populaires qui luttent pour l'établissement de régimes démocratiques au Moyen-Orient.

    Le gouvernement irakien n'attend que le retrait des dernières troupes américaines de son territoire pour rejoindre, lui aussi, le nouveau « front du refus » antiisraélien. C'est l'une des raisons pour lesquelles les Américains tentent par tous les moyens de retarder leur départ d'Irak. L'autre est de différer l'humiliation des grandes manifestations de « retrouvailles » chiites et l'alignement inévitable de Bagdad sur Téhéran.

    Ces bouleversements sont de mauvais augure pour nous. Harper a fait du Canada un allié militaire inconditionnel d'Israël. Les généraux des deux armées se rencontrent et se consultent régulièrement. Dans les années qui viennent, le Moyen-Orient va être la scène de multiples conflits dont certains vont impliquer Israël et les États-Unis.

    Réélu, majoritaire ou minoritaire, la tentation va être forte pour Harper d'envoyer les forces armées canadiennes donner un coup de main aux Américains et aux Israéliens s'ils nous appellent à l'aide parce qu'ils se seront créés plus d'ennemis qu'ils sont capables d'en affronter. Les choix et les orientations de la politique militaire des conservateurs nous préparent à ces engagements depuis des années.

    Pourquoi pensez-vous que les conservateurs tiennent tant à leurs F-35, peu importe le prix?