ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    La Libye : Kadhafi en Enfer, mais après lui, quoi?

    Après une frappe aérienne de l'OTAN sur son convoi de 4X4, le rat de Tripoli a été trouvé ensanglanté dans un trou d'égout avec son pistolet plaqué or. Plutôt que se battre jusqu'à la mort comme il s'y était pompeusement engagé ou de s'enlever la vie, il a imploré ses ennemis « ne tirez pas, ne tirez pas ». Sorti de son trou, blessé et hébété, le dictateur déchu a été poussé à travers une cohue d'hommes armés sous les insultes, les quolibets et les coups jusqu'à ce quelqu'un lui tire une balle dans la tête.

    C'est la fin atroce que méritait ce mégalo sanguinaire qui aimait se pavaner dans des accoutrements burlesques et se prétendre le roi des rois d'Afrique.

    Les familles et les amis de ses dizaines de milliers de victimes durant ses 42 ans de règne absurde ont dû penser qu'il y avait quand même une justice dans ce bas monde. Regardant sa fin cruelle à la télévision, Bashar al-Assad de Syrie et Ali Abdullah Saleh du Yémen, comme d'autres potentats du Moyen-Orient, ont dû réfléchir à ce que l'avenir leur réserve.

    Les carences qui ont engendré la dictature de Kadhafi en Libye sont endémiques aux sociétés arabes : formes d'organisation sociale désuètes, mentalités inadaptées au monde moderne et sous-développement éducatif et scientifique. La chance de la Libye et de la plupart des autres sociétés du Moyen-Orient est qu'elles sont assises sur d'immenses champs de pétrole capables de générer, pour un temps limité, les ressources nécessaires pour assurer leur modernisation. L'islam, fouetté par le conflit israélo-arabe vers des formes de plus en plus radicales,  constitue une entrave à cette évolution.

    Jusqu'ici la Turquie est, à peu près, le seul pays à avoir réussi, tant bien que mal, à surmonter ces défis de la modernisation. Même là, la bataille n'est pas terminée.

    La Libye est dans une position pour réussir son développement. Heureusement pour elle et pour l'Occident que la France et l'Angleterre ont rapidement pris des initiatives sur le terrain pour empêcher Kadhafi d'écraser le soulèvement populaire et ensuite, avec l'aide de l'OTAN, d'assurer la victoire des forces révolutionnaires. Ils ont ainsi coupé l'herbe sous le pied aux islamistes. La Libye est un avant-poste stratégique de l'Europe au Moyen-Orient et en Afrique. On peut être assuré que les grands États européens vont tout faire pour instaurer un régime ouvert à l'Occident à Tripoli, d'autant plus que l'État libyen a les moyens de payer en pétrole l'assistance technique, administrative et militaire qu'on va lui apporter. L'Europe devrait inviter la Turquie, le seul État musulman de l'OTAN, à jouer un rôle important dans le relèvement de la Libye qui pourrait s'inspirer du modèle turc pour ses institutions.

    Ce n'est pas gagné d'avance. Al-Qaïda, de plus en plus active dans les pays du Sahara, et les antagonismes tribaux et régionaux, menacent l'avenir de la Libye.

    Un aspect du dénouement, jusqu'ici heureux, de la révolution libyenne mérite d'être souligné. C'est le rôle discret que Washington y a joué. Compte tenu de l'animosité générale que les États-Unis suscitent dans le monde arabo-musulman, il était préférable que les Américains passent pour une fois leur tour. D'ailleurs, ils n'en avaient pas le choix dans leur situation économique et géopolitique actuelle avec déjà deux guerres qui n'en finissent pas sur les bras.

    Après huit mois de guerre civile, un jeune combattant anti-Kadhafi s'interrogeait devant l'envoyée spéciale du Monde, Cécile Hennion : « Mais nous, en Libye, contre quoi nous sommes-nous battus ? Contre un homme ? Un fou ? Un démon ? Contre sa famille et quelques types qui le protègent et dont certains n'étaient même pas Libyens ? Pour nous qui avons fait le choix de nous battre, c'est déjà irrationnel, alors, comment l'expliquera-t-on à nos enfants. »