ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    La folie meurtrière passagère est une maladie de riche

    La justice est aveugle, c'est pourquoi elle se trompe souvent. (Archives)Victor Manuel Martinez Morales, un travailleur mexicain sans histoire et sans le sou, a plaidé coupable d'avoir tué une prostituée dont il était amoureux lorsqu'elle est venue lui réclamer 20 dollars de «temps supplémentaire» non payé. Il avait régulièrement recours à ses services tarifés. Elle était accompagnée de son collecteur/fier-à-bras.

    Morales affirme que la prostituée avait un sourire narquois aux lèvres et qu'un sentiment de joie se lisait sur son visage et celui de son garde-du-corps. Saisi de rage, il a pris un couteau et a frappé la prostituée 14 fois. Son compagnon a réussi à donner un coup de poing à Morales avant de s'enfuir devant sa fureur meurtrière. Connu sous le nom de Murder, le fier-à-bras était en liberté conditionnelle pour des accusations de trafic de stupéfiants. La scène a duré moins d'une minute. Morales s'est effondré en pleurant devant sa victime et a demandé à ses voisins d'appeler la police à qui il s'est rendu sans résistance. Il risque la perpétuité.

    Démuni, ne parlant ni français, ni anglais, l'accusé n'avait pas les moyens de se payer un banc d'avocats de haute volée et des psychiatres-mercenaires — oh pardon — des témoins experts pour venir lui diagnostiquer une folie passagère et lui conférer, sous serment, une défense d'aliénation mentale temporaire. C'est une défense, en passant, qui pourrait être invoquée dans la plupart des drames passionnels ou familiaux.

    Victor Morales n'est pas Guy Turcotte. L'affaire n'a pas trainé. La poursuite et la défense se sont entendues pour réduire l'accusation de meurtre à homicide involontaire en échange d'un plaidoyer de culpabilité. Vite fait bien fait.  On n'est pas pour embourber le système judiciaire avec des affaires qui impliquent des pauvres comme lui. Un immigrant à part ça. Le dossier a été fermé. Cause suivante!

    C'est connu de tout le monde, seuls les riches ont des folies instantanées qui les poussent au meurtre. Des fois, ils tuent même leurs propres enfants. Seuls les riches ont les ressources pour se payer ces folies foudroyantes. Les pauvres sont toujours sains d'esprit lorsqu'ils commettent un homicide avec ou sans préméditation. Une lucidité totale et constante caractérise les classes inférieures lorsqu'elles ont le malheur de tuer. Pas les moyens de se faire certifier «fou au moment de l'acte» par un spécialiste patenté. D'ailleurs, les pauvres, incités par leurs avocats de l'aide juridique, ont le bon sens de plaider coupable. Avec eux, pas besoin de procès avec jury qui n'en finissent pas et qui coûtent les yeux de la tête à l'État.

    Morales va payer ses deux crimes sans doute par de longues années en prison. D'abord celui d'avoir pris la vie d'un être humain dans un moment de folie haineuse et, aussi, celui d'être pauvre.

    Si j'avais été son avocat, j'en aurais fait une cause célèbre. J'aurais réclamé un procès devant jury à qui j'aurais présenté une défense d'aliénation mentale temporaire. J'aurais appelé à la barre des témoins le docteur Guy Turcotte, la personne idéale pour expliquer dans le détail ce qu'est la folie meurtrière instantanée non récurrente.

    Ensuite, j'aurais lancé un appel public aux témoins experts qui ont, moyennant des honoraires professionnels charnus, attesté la folie de Turcotte de venir examiner Morales à titre gracieux. J'aurais aussi demandé, par voie de communiqué aux médias, aux avocats de Turcotte qui ont fait de belles recettes avec ce client, de venir, pro bono, m'aider dans la défense de Morales.

    Je rêve en couleur. On le sait, la justice est aveugle, c'est pourquoi elle se trompe souvent. Et, sauf exceptions notables, son balancier penche normalement du côté du fric.