ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    La Coalition pour l’Avenir du Québec. Le Québec mérite-t-il Legault-Sirois?

    Les cofondateurs de la Coalition pour l'Avenir du Québec, François Legault et Charles Sirois.On l'a vu à la dernière élection fédérale, les Québécois dans leur ensemble votent n'importe comment pour n'importe qui et pour n'importe quoi. Il n'y a donc aucune raison fondamentale qui les empêcherait de voter en masse pour le couple Legault-Sirois. Peu importe que le premier se soit agité pendant dix ans en politique sans réussir grand-chose. Peu importe que le second soit plus ou moins inconnu sauf pour les lecteurs de la section Affaires de La Presse. Peu importe également que ces deux hommes soient entourés d'autres parfaits inconnus avec des CV proprets.

    Et alors les Québécois vont-ils encore voter comme des zombis pour des candidats translucides dirigés par deux types de qui vous hésiteriez à acheter une voiture d'occasion? Cela ne me surprendrait pas du tout. Legault-Sirois proposent des bouleversements que les autres partis ne peuvent envisager parce qu'ils touchent les intérêts des syndicats et de la nouvelle bourgeoisie bureaucratique issue de la Révolution tranquille.

    Nous avons besoin au Québec d'un état fort pour nous représenter et nous défendre collectivement. Il faut guérir nos administrations publiques nationales, régionales et municipales du virus syndicalo-bureaucratique qui grouille dans ces grands corps malades. Rationaliser la gestion de l'État, la structure des emplois, des salaires et des retraites de la fonction publique est une entreprise gigantesque qui dépasse la capacité de la CAQ-à-Legault-Sirois et des autres partis politiques. Il va falloir que le Québec soit plongé dans une crise financière comme celle qui frappe la Grèce et l'Italie pour que les élus soient contraints d'agir. Ça s'en vient. Encore quelques années et nous y arriverons.

    Électoralement, la CAQ n'aura pas la vie facile comme ce fut le cas pour le NPD au mois de mai. Elle va être confrontée à une difficulté majeure. Les anglo-ethniques québécois et le reste du Canada se méfient d'elle. Legault porte la tare épouvantable d'avoir été ministre dans un gouvernement péquiste. Pire, il refuse de s'agenouiller et d'embrasser à bouche que veux-tu l'unifolié. Et parce qu'il est molasse envers le fédéralisme, il n'aura pas un accès sans réserve et sans critique aux plateformes contrôlées par le consortium Power/Gesca-Radio-Canada. Ça, c'était pour Jack afin qu'il rabatte le caquet à Duceppe et aplatisse le Bloc Québécois. Les patrons de presse ne laisseront pas Legault faire la peau aux libéraux de Jean Charest sans intervenir. Il en va de même pour leurs journalistes dont le cœur bat beaucoup plus à gauche que celui du tandem Legault-Sirois. Ils ne peuvent compter sur aucun capital de sympathie de la part des commentateurs comme ce fut le cas pour Jack. On le voit par le tir de barrage médiatique qui a suivi l'annonce de la création de la CAQ.

    Le parti qui paraît encore le mieux placé pour gagner les prochaines élections est le parti libéral du Québec. Ce que Parizeau appelle « l'argent » est de son côté. Il peut compter sur le soutien inconditionnel massif des Anglo-ethniques, un segment démographique en pleine expansion, tout comme les vieux, un autre électorat libéral traditionnel. Ajoutez à ces groupes les sous doués et les sous éduqués qui votent naturellement rouge et vous avez une confortable base électorale.

    Le PQ et les souverainistes là-dedans, ils peuvent encore se ressaisir, non? Minute papillon! Ils ne sont même pas encore sortis de leur phase suicidaire. Le processus d'autodestruction du PQ, engagé depuis près de six mois, n'est pas encore terminé.

    Vous voyez la prochaine Assemblée nationale du Québec. Charest réélu, la CAQ-à-Legault-Sirois forme l'opposition officielle. Pauline Marois et Françoise David se démènent pour que leurs groupuscules obtiennent un statut officiel.

    Cinquante ans après l'extraordinaire période de renouveau national que fut la Révolution tranquille, voilà où nous en sommes.