ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    L'Égypte balance entre les militaires et les intégristes

    La population égyptienne a voté en masse. (Photo: Reuters)En 5000 ans d’histoire, les Égyptiens n’avaient jamais eu l’occasion de choisir leur chef d’État. Il y a bien eu des élections depuis le renversement du roi Farouk en 1952, mais elles étaient truquées en faveur des militaires qui ont dirigé le pays jusqu’au renversement de Moubarak l’année dernière.

    Le choix démocratique d'un président est l'étape décisive du processus commencé au début de 2011 par les manifestations de la place Tahrir. La population égyptienne participe à l’élection dans l’enthousiasme et l’exaltation. Des dizaines de millions d’Égyptiens ordinaires, font la queue pendant des heures dans les bureaux de scrutin, en sachant qu’ils déterminent leur destin national.

    L’issue du scrutin va avoir d’importantes répercussions sur l’ensemble du Moyen-Orient. L’Égypte est le centre du monde arabo-musulman et est l’acteur principal pour la stabilité de la région. On suit l’élection avec anxiété à Washington et à Jérusalem.

    Le porte-étendard des Frères musulmans est en tête dans les résultats du premier tour de scrutin. Le second tour est prévu pour le 16 juin prochain. Tous les courants politiques et religieux étaient représentés parmi les treize candidats à la présidence. Mais le choix s’est fait entre le candidat du complexe militaro-industriel égyptien et celui des islamistes. Le candidat des forces armées Ahmed Shafiq, un officier d’aviation, a été bombardé de chaussures lorsqu’il est allé voter.

    L’Occident, les États-Unis, le Canada se préoccupaient guère depuis des décennies que l’Égypte soit dirigée par une clique militaro-industrielle corrompue détestée par la majorité des Égyptiens. C’était nos amis qui géraient le pays en tenant compte de nos intérêts. Ainsi pour mener rondement leurs affaires, les généraux et businessmen au pouvoir avec Moubarak, acceptaient de ne pas remettre en cause les accords de paix signée par Sadate avec Begin, il y a plus de trente ans, quelques soient les outrances commises par Israël.

    Depuis longtemps la population égyptienne ne voulait plus de ce traité de paix dans sa forme actuelle. Le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, s’est engagé à le revoir. Le groupe islamiste contrôle déjà la majorité des sièges au parlement. 
     
    Le «Printemps égyptien» a été largement dominé par les laïques, la jeunesse instruite et occidentalisée du Caire et d’Alexandrie. Mais ce sont les islamistes, les Frères musulmans, interdits depuis des décennies qui ont dominé les élections parlementaires en remportant 44 % des suffrages et qui sont les mieux placés pour prendre la présidence.

    Si c’est l’homme des Frères musulmans qui l’emporte, il va de soi que les liens avec Israël vont être revus. Comme aussi ceux de l’Égypte avec les États-Unis et l’Occident. Il est, à mon avis, fort probable que l’Égypte va suivre une trajectoire semblable à celle que suivent les islamistes au pouvoir en Turquie. Les réalités économiques et diplomatiques vont leur imposer une certaine souplesse.

    D’autant plus que le peuple égyptien s’est réveillé d’un long sommeil et que le pouvoir en Égypte, militaire ou islamiste, sait qu’il devra composer avec une population qui ne craint pas de descendre dans la rue et de risquer sa vie pour faire valoir ses revendications. 

    Les Égyptiens ont été incapables jusqu'ici de s'entendre sur une nouvelle constitution. Le pays va être tiraillé entre le parlement, la présidence et l’armée alors qu’il va devoir aussi trouver le point d’équilibre entre islamistes et laïques.

    La démocratie en Égypte ne sera pas un long fleuve tranquille.