ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Jean-François Lisée est-il d’abord de gauche ou indépendantiste?

    Jean-François Lisée. (Wikipedia)Jean-François Lisée a bien mérité de la Patrie. C’est lui qui a exposé comme tricheur et naufrageur du Québec, le méprisable «weeler-dealer» Robert Bourassa après avoir habilement gagné sa confiance. Quand je l’ai entendu à la radio vendre les mérites de son nouveau livre, je me suis dit que ce maître de l’autopromotion avait réussi à convaincre son petit éditeur Boréal de dépenser une fortune en publicité. 

    Quel ne fut pas mon étonnement en achetant la plaquette de constater qu’elle était publiée chez Quebecor Media. Dans son livre, Lisée accuse des filiales de l’empire médiatique de propager des mensonges sur de prétendus tares et déficiences des Québécois. C’est une bien petite compromission avec la droite pour assurer à l’opuscule une notoriété méritée. Curieusement, l’activité non-négligeable de Radio-Canada dans ce domaine est passée sous silence. Je me demande pourquoi?

    Le titre du pamphlet, Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments, ne correspond pas à son contenu. Il n’y a rien là-dedans pour terrasser le dragon monstrueux visé par Lisée. L’auteur se contente de réfuter avec pertinence, habilité et une certaine ironie des mensonges propagés par des commentateurs dont la principale caractéristique est d’être opposés à l’indépendance du Québec. Les gens qu’attaque Lisée sont des fédéralistes avant d’être de droite. D’ailleurs, contrairement à ce qu’affirme le titre, Lisée ne veut pas mettre la droite K-O mais le fédéralisme. La preuve? Il consacre lui-même plusieurs pages (pp 126-132) à proposer une grande coalition des indépendantistes de droite et de gauche. Il ne veut pas assommer la droite, il veut l’embrasser! Trouvez l’erreur.

    Lisée ne s’en prend vraiment qu’au petit segment de la droite d’ici que j’appellerais «fédéraliste apatride», en partie coagulée autour du Réseau Liberté-Québec: Duhaime, Marcotte et cie (d’autres souillent les pages de La Presse et du Soleil). Ces épigones québécois du Tea Party singent la droite anglo-canadienne incarnée par le National Post et son fondateur-idéologue en chef, le fraudeur emprisonné Conrad Black. 

    Cela dit, le livre de Lisée mérite d’être lu. J’ai applaudi sa réfutation des pisse-vinaigre de l’Institut économique de Montréal et des pleure-misère des autres cénacles fédéralistes qui ne trouvent jamais rien de bon à dire sur le Québec. D’ailleurs, ces prophètes de malheur traversent actuellement une mauvaise période. Depuis trois ans, l’économie québécoise performe mieux que celles de la plupart des pays de la planète.

    Jean-François Lisée a raison d’insister sur le fait que notre société est plus juste et plus égalitaire que celles qui nous entourent en Amérique du Nord et de souligner que c’est à cause du rôle de notre État. C’est une immense réalisation qui nous honore. On paie plus d’impôts qu’ailleurs et on a plus de services de l’État qu’ailleurs. Et moins de pauvreté.  Si seulement notre État pouvait maintenir sa liberté d’action face aux lobbies patronaux et syndicaux…

    Ne comptez pas sur Lisée pour dénoncer les abus syndicaux. C’est un homme de gauche, il le proclame presqu’à chaque page de son livre. Ça m’agace ce besoin de la plupart des intellectuels indépendantistes de constamment se proclamer, haut et fort «de gauche», comme si cela était un sceau de probité ou une incantation magique qui les protège contre les erreurs de jugement et les dévoiements.  

    Le plus grand appui international que le mouvement indépendantiste a jamais eu est venu d’un vieux général issu de la droite classique, Charles de Gaulle. Seul en 1940, il a incarné la France alors que les députés socialistes à la Chambre des députés votaient à l’unanimité les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Québec Solidaire est plus solidaire que québécois. Amir Khadir l’a démontré en recommandant de voter NPD contre le BQ. C’est d’ailleurs le drame du bloc d’avoir trop voulu être à gauche au point d’en oublier parfois d’être québécois. Il a ainsi fait le lit de Jack Layton.

    Peut-on, doit-on faire l’association syndicats-gauche-indépendance? L’appui inconditionnel des grands syndicats québécois au BQ, dont Gilles Duceppe était si fier au début de la campagne électorale, a montré leurs véritables capacités de mobilisation auprès de leurs membres: nulles. Une question au sujet du syndicalisme et de la gauche. À quel courant de gauche appartiennent les nombreux amis syndicalistes et/ou associés d’affaires qui se retrouvaient sur le yacht de Tony Accurso?