Si vous me demandez ce que je pense de Gérald Tremblay, mon sentiment est que derrière l'image de grand nunuche qui ne voit jamais rien et qui n'entend pas grand-chose se dissimule un habile opérateur qui tire les ficelles ou, à la limite, qui laisse faire toutes les magouilles et les illégalités qui se passent à l'Hôtel de Ville de Montréal. Quand, bien sûr, c'est dans son intérêt.
Gérald TremblayL'imbécillité ou la duplicité du maire était parfaitement connue avant les dernières élections municipales. La campagne électorale de 2009 portait clairement sur l'éthique de Tremblay éclaboussé par le scandale des contrats de compteurs d'eau à une entreprise de Tony Accurso et de plusieurs affaires de collusion dans l'octroi de contrat d'infrastructures. Les justifications incohérentes et incroyables du maire ont été gobées par les Montréalais. Tremblay s'est classé premier avec une pluralité des voix. Trente-sept pour cent des électeurs ont préféré le grand niais à ses adversaires.
Ce n'est pas la première fois que les électeurs de Montréal élisent des personnages au comportement étrange ou douteux. Rappelez-vous Pierre Bourque, alias Géranium 1er, qui fut réélu alors que les médias montréalais à l'unanimité mettaient en cause sa gestion et que certains soulevaient même la question de sa santé mentale.
La démocratie n'assure pas qu'on élise le meilleur gouvernant possible. Ou même simplement quelqu'un d'honnête. Elle assure seulement qu'on puisse s'en débarrasser éventuellement sans prendre les armes ou descendre massivement dans la rue. Les électeurs s'accommodent parfaitement d'un certain niveau de corruption pourvu qu'ils estiment qu'ils en profitent d'une façon ou d'une autre. Les Montréalais ont élu et réélu Camilien Houde qui était manifestement corrompu, mais qui par sa résistance à la conscription et son internement par le fédéral, il était devenu un héros national.
Et il y a le cas actuel de Sylvio Berlusconi en Italie qui se vautre dans la corruption morale et civique depuis des décennies. Les Italiens le réélisent malgré tout. Je ne vois vraiment pas ce qu'ils peuvent trouver chez cet individu méprisable à part son machisme exubérant et son outrecuidance.
Le fait d'espionner le vérificateur général, Jacques Bergeron l'homme par qui la vérité et le scandale sont arrivés à l'Hôtel de Ville de Montréal montre combien le maire Tremblay et ses acolytes se considèrent au-dessus des règles et des lois. Ils n'ont pas répugné au conflit d'intérêt manifeste dans cette affaire. Ils auraient dû réclamer que le ministre des Affaires municipales nomme un procureur indépendant pour enquêter les allégations d'irrégularités. Mais la gang à Tremblay a préféré s'en occuper elle-même. Régler l'affaire en famille. Comme la mafia. Pourquoi au juste? Afin d'être capable de faire chanter Bergeron si jamais on découvrait quelque chose de croustillant dans sa vie professionnelle ou privée. On aurait pu ainsi le faire chanter, l'obliger à respecter la règle de l'omerta sous la menace de dévoiler ce que l'on sait.
Que dit le maire de toute cette affaire ? Il ne dit rien et prétend, comme c’est son habitude, ne rien savoir. La démocratie nous a donné Gérald Tremblay, il va falloir vivre avec jusqu’à ce qu’une majorité d’électeurs se décille les yeux. À moins que…
On peut se débarrasser de ses deux exécuteurs de basses œuvres, le directeur général de la ville, Louis Roquet et le contrôleur général, Pierre Reid. Ce qu’ils ont fait est carrément illégal. Ça demande l’intervention de l’escouade marteau de la SQ. Peut-être qu’en échange de l’immunité, les deux comparses seraient disposés à dire tout ce qu’ils savent des agissements de leur patron. Si on réussit à imputer cette affaire à Gérald Tremblay, il mérite la prison. Ça serait bien la seule façon de le chasser de l’Hôtel de Ville. Mais se suis réaliste. Les amis de l’ex-ministre de Bourassa à Québec, qui ont plein de squelettes dans leurs propres placards, vont tout faire pour le protéger.
