ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Il faut remplacer Lafrenière et l’UPAC par l’équipe d’«Enquête» de la SRC

    Robert Lafrenière (La Presse Canadienne)Je fais beaucoup moins confiance à Robert Lafrenière, le patron de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) qu'à un vendeur de voitures d'occasion. Vous l'avez vu à la télé lundi. Un personnage gris sur un fond gris, utilisant un langage gris pour tenter de nous expliquer les organigrammes enchevêtrés qui dissimulent la nullité des résultats de l'organisation qu'il dirige?

    Depuis trois ans, les enquêtes sur la corruption et les liens de la mafia avec la FTQ, les libéraux et la construction, ce sont essentiellement les journalistes de Radio-Canada, du Devoir et de La Presse qui les font. Pas la SQ ou les organes de vérification des différents ministères.

    Pendant que les journalistes révèlent des cas de corruptions et identifient les pourris, du côté du gouvernement libéral, on multiplie les entités bureaucratiques.

    Quand Charest a mis sur pied l'escouade Marteau pour éviter une commission d'enquête publique, il a annoncé qu'elle allait intégrer l'«Équipe mixte sur la malversation» de 20 personnes qui existait déjà. On se demande ce que pouvaient bien faire de leur temps ces 20 bozos. Ils n'ont rien vu, rien su, rien entendu avant que le trio «SRC- Le Devoir- La Presse» découvre les scandales.

    Passer à 40 glandeurs avec Marteau n'a pas donné grand-chose de plus. En trois ans, la patente à gosse bureaucratique a réussi à épingler une mairesse de village et deux ou trois installateurs de bécosses municipales. On n'allait quand même pas les autoriser à arrêter un des plus importants entrepreneurs du Québec. Allons donc! Ça aurait paralysé les chantiers de construction et nui au business.

    Puis ce fut silence radio, jusqu'à ce que les médias rapportent que certains des membres de Marteau se plaignaient d'ingérence politique dans leurs enquêtes. Nouvelles demandes de commission d'enquête.

    Pour gagner du temps et apaiser l'opinion publique, Charest réagit en créant cette fois l'Unité anticollusion  qu'il confie, pour son plus grand malheur, à Jacques Duchesneau. Il va vite comprendre son erreur d'avoir nommé un homme compétent, intègre et courageux.

    Chez les mafieux et les entrepreneurs pourris, c'est le branle-bas de combat pour le détruire. Comme par hasard, des dénonciations calomnieuses sont lancées par certains médias contre Duchesneau. Il doit abandonner ses fonctions pendant plusieurs mois avant d'être blanchi par le Directeur général des élections.

    L'ancien chef de la police de Montréal et sa petite équipe d'«Intouchables» découvrent malgré tout que la situation est encore pire que les révélations médiatiques les plus sensationnelles le laissaient croire. Il en fait rapport au gouvernement qui s'assoit sur son rapport.

    Devant l'impatience de l'opinion publique qui demande toujours une enquête publique, Charest invente encore un nouveau machin, l'Unité permanente anticorruption (UPAC) qu'il confie à un de ses hommes de confiance, Robert Lafrenière.

    Il avait fait ses preuves comme sous-ministre de la sécurité publique quand son patron le ministre Jacques Dupuis a forcé la SQ à donner un permis de port d'arme à l'ami du ministre libéral Tony Tomassi, Luigi Coretti, même s'il n'y avait pas droit. Le ministre Tomassi utilisait une carte de crédit fournie par la compagnie de Coretti, BCIA. Est-ce possible que le bras droit de Dupuis, le sous-ministre Lafrenière, ait tout ignoré de l'affaire? Comment Lafrenière va-t-il pouvoir enquêter sur les relations ténébreuses de Luigi Coretti avec l'ancien chef du SPVM, Yvan Delorme, sans qu'on soupçonne un conflit d'intérêts?

    Le rapport Duchesneau serait resté inconnu si un policier qui a à cœur l'intérêt public et la justice ne l'avait pas coulé à Radio-Canada. Entretemps l'équipe de Lafrenière, qui va atteindre 200 personnes sagement distribuées dans son organigramme, n'a arrêté personne. Aucun chef mafieux, aucun politicien, aucun gros entrepreneur qui depuis des décennies volent des milliards de dollars au peuple québécois n'a été accusé de quoi que ce soi.

    Que vont faire maintenant les autorités pour rétablir la crédibilité de l'État et faire avancer le dossier? C'est clair, non? Charest et Lafrenière vont mettre Duchesneau à la porte.

    Moi, j'ai une suggestion. Il faudrait remplacer Lafrenière et son bataclan par Pierre Sormany, Alain Gravel et l'équipe entière de l'émission Enquête de la SRC. Ils pourraient engager Duchesneau comme pigiste.

    Là, on aurait des résultats.