ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Il faut intégrer les futurs bordels légaux au réseau de la santé

    Cinq juges de la Cour d'appel de l'Ontario, peut-être motivés par des expériences personnelles négatives pour certains, ont décidé de légaliser les bordels et le métier de souteneur.

    L'affaire ne va pas en rester là juridiquement et politiquement. Ça va sans doute aboutir en Cour suprême. Une des plus vieilles activités lucratives de l'humanité, pratiquée surtout par des femmes, la prostitution est, en soi, avilissante. Personne ne dit avec fierté: «Je vous présente ma fille, ma femme, ma mère, c'est une putain.» Mais, considérant la décadence avancée de nos sociétés, la disparition rapide de tous les interdits sexuels et le relativisme moral de nos élites, ont y arrive.

    La légalisation des bordels et des souteneurs va encourager la pratique dégradante de la prostitution. Dans le passé, les tentatives de l'éradiquer ont lamentablement échoué. Que faire pour dégouter à la fois les clients et les prostituées de s'adonner à des échanges de fluides tarifés?

    Ma solution est simple. Confier à l'État le commerce de la chair. Le gouvernement profite déjà largement d'autres pratiques néfastes, mais irrésistibles pour un grand nombre de citoyens. Vous pensez aux taxes sur le tabac, mais il y a aussi l'exploitation des jeux de hasard et du besoin d'ingurgiter des intoxicants. Mais il ne faudrait surtout pas impartir la gestion des bordels à Loto-Québec ou à la Société des Alcools. Ces deux sociétés sont, en général, efficaces et administrées de façon compétente. On ne veut justement pas que la prostitution devienne une source intéressante de revenu pour l'État.

    Ce qu'il faut faire, si l'on veut que la situation dans les futurs bordels légalisés soit vraiment bordélique, c'est de les rattacher au réseau de la santé et des services sociaux. L'activité sexuelle a de nombreuses et de graves implications de santé publique. Les bordels devraient donc être administrés comme des hôpitaux ou des CLSC. Ils seraient soumis aux réglementations de santé et sécurité au travail. Toutes les pratiques des prostituées seraient scrupuleusement énumérées, décrites et codifiées, les procédures d'exécution standardisées. Elles seraient rémunérées à l'acte, en fonction du temps d'accomplissement. On tiendrait compte, bien sûr, de l'ancienneté de la praticienne. Pour assurer la conformité, on aurait recours aux mêmes inspecteurs que des CSLD. Ils s'assureraient que les prostituées jouissent des mêmes extraordinaires conditions de vie matérielles et psychologiques que nos vieux.

    Toujours dans l'esprit de rendre les conditions de pratique du métier de putain infernales, on les obligerait à se syndiquer et à respecter une convention collective inspirée de celles du secteur de la santé. De quoi décourager définitivement le client et rendre les bordels ingérables. Pour augmenter encore plus la discorde, on s'assurerait que les souteneurs soient aussi syndiqués, mais par une centrale concurrente. Certains bordels pourraient même être confiés au secteur privé en y intéressant des opérateurs de résidence pour personnes âgées. Un véritable partenariat public-privé de l'industrie du sexe.

    Des amis du gouvernement en place se verraient accorder le monopole des distributrices de condoms dans les bordels sur une base géographique. La sécurité dans les maisons closes serait concédée à des agences proches du parti au pouvoir comme la défunte BCIA.

    L'objectif serait une fusion complète entre le réseau des bordels publics et le réseau de la santé. On y serait accueilli comme dans les urgences des hôpitaux. Avec la considération et l'empressement qu'on a dans un CLSC. Les clients auraient à s'habituer à de longues périodes d'attentes dans les corridors des maisons closes même pour les «traitements» les plus anodins administrés machinalement par des travailleuses du sexe épuisées sur leur troisième quart de travail.

    Vous imaginez: être traité dans un bordel comme un malade dans un établissement de santé du Québec. La prostitution confiée au secteur public, à ses administrateurs et à ses syndicats. Voilà comment faire fuir le client et décourager le recrutement.