ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Harper est dur avec les criminels, sauf s’ils sont riches et conservateurs

    La photographie d’identité judiciaire de Conrad Black. (Crédit : U.S. Marshals Service)Bon, Conrad Black est exceptionnellement doué. Mais c’est aussi un fanfaron, maître de l’esbroufe, un baveux qui se croit tout permis, parce qu’il est de la «race des Seigneurs». Il est né dans le Golden Square Mile de Montréal.

    C’est aussi un «self-made-man». À 25 ans, il achète le Sherbrooke Record et en devient l’éditeur et le rédacteur en chef. En 30 ans, il construit sur cette base le troisième empire de presse de la planète. Il paie de sa poche des uniformes rutilants pour les membres de la Garde du gouverneur général du Canada afin de leur donner du panache. On le fait Officier de l’Ordre du Canada. Pas suffisant, il veut devenir pair du Royaume-Uni. Pour accéder à la Chambre des Lords britannique, le vaniteux Black renonce à sa citoyenneté canadienne et obtient le titre prétentieux de «baron Black de Crossharbour».

    En 2007, il est reconnu coupable d'entraves à la justice et de fraudes relativement à sa gestion de Hollinger International dans un procès à Chicago. Il est condamné à six ans et demi de prison.

    Et voilà qu’après avoir servi sa peine aux États-Unis, le gouvernement conservateur de Harper… oui, oui … celui qui est très dur avec les criminels et qui fait tout pour éviter que ceux de l’étranger puissent s’installer au Canada, autorise Black à revenir au pays. Il n’est pourtant plus Canadien et possède un dossier judiciaire. Ottawa lui a accordé un permis de résident temporaire. Une fois résident, il va pouvoir entreprendre des démarches pour obtenir sa citoyenneté.

    Un Mexicain, un Colombien ou un Congolais avec des antécédents de criminalité financière aurait-il été aussi bien traité? J’en doute fortement. Mais là, c’est un ami de la maison, fondateur du quotidien National Post, porte-parole de la droite dure du Canada anglais, férocement anti-Québec et likoudnik. De sa cellule aux États-Unis, Black a d’ailleurs écrit des chroniques pour le journal entre deux corvées de récurage des bols de toilettes de la prison. (Ce que je donnerais pour mettre la main sur une vidéo de la scène!)

    Il est d’ailleurs amusant depuis le début de la sage judiciaire de Black aux États-Unis de voir le National Post, habituellement à plat ventre devant tout ce qui est américain, se plaindre du système judiciaire des États-Unis et faire sienne la position de son fondateur. Lord Black affirme, haut et fort, qu’il a été victime d’une terrible injustice et qu’il n’a commis aucun crime. Il avait parfaitement le droit de puiser dans l’escarcelle de Hollinger comme il l’a fait.

    Le ministre de la Citoyenneté et Immigration, Jason Kenney, l’homme qui chasse les criminels étrangers établis au Canada, est tout en nuance dans le cas de Black. Délicat, il explique que les règles de la vie privée l'empêchent de répondre aux questions concernant son retour. Kenney assure que la demande de Black a été traitée de manière totalement indépendante par ses fonctionnaires sans aucun apport de lui-même ou de son bureau. Mon œil! Il est évident que les conservateurs vont tout faire pour faciliter le retour de leur petit copain. Black a plusieurs avantages sur les autres criminels étrangers qui veulent s’établir au Canada. Il est blanc, anglo-saxon et partage l’idéologie de ses amis au pouvoir.

    Le simple fait que Black ait renoncé à sa citoyenneté canadienne avec mépris et condescendance afin de se pavaner dans les accoutrements ridicules des Lords anglais devrait le rendre inéligible. Qu’il retourne en Angleterre, dont il a déshonoré la chambre haute, se faire consoler par son amie Margaret Thatcher.