L'auxiliaire civil de police blanc d'Orlando avait des doutes sur les intentions de Trayvon Martin, 17 ans. Il avait le tort évident d'être Noir. Pourtant c'était un bon élève qui n'avait aucun dossier judiciaire. Malgré les directives de ses supérieurs par radio de ne rien faire, George Zimmerman, le gardien de quartier, l'abat froidement, même si le jeune n'est pas armé et que rien chez lui n'indique une intention criminelle.
Le pseudo-flic affirme avoir agi en vertu de la loi sur la légitime défense de l'État de Floride. Trayvon Martin a pourtant été assassiné d'une balle dans le dos. La police ne porte aucune accusation contre le meurtrier.
L'affaire soulève maintenant une tempête aux États-Unis. Plus d'un million de personnes ont, jusqu'ici, signé une pétition en ligne réclamant que des accusations soient portées contre l'assassin de Trayvon Martin. Le FBI se prépare à intervenir.
Cette affaire est une nouvelle illustration tragique des conséquences de l'aliénation mentale collective qui sévit aux États-Unis autour des armes à feu auxquelles une majorité de la population voue un amour fétichiste.
La Floride, qui permet à tous ses résidents de porter une arme à feu dissimulée, a adopté en 2005 une loi qui autorise quiconque se sent menacé d'utiliser son arme et d'invoquer la légitime défense. La Floride était alors gouvernée par Jeb Bush, aussi taré que son frère aîné, George W. L'idiotie et la bêtise se propageant rapidement dans les assemblées législatives américaines, 21 autres États ont depuis suivi l'exemple de la Floride sur ordre de la National Rifle Association.
La NRA dépense plus de 200 millions$ par année pour s'assurer qu'aucune loi ne nuit aux ventes d'armes. Les fabricants et les vendeurs d'armes à feu contribuent largement à sa caisse.
À la suite de pression de la NRA, la Virginie a aboli récemment sa loi qui interdisait à un individu d'acheter plus d'une arme de poing par mois. Ça nuisait au business. La Virginie est à l'origine d'un important trafic d'armes à feu en direction de certains États du Nord-est qui imposent un contrôle sur la possession et la vente d'armes à feu. La limitation de la Virginie rendait plus difficile aux petits criminels qui se spécialisent dans ce trafic d'en acquérir pour les revendre aux gangs de rue et aux autres organisations criminelles de New York. 40% des armes utilisées à des fins criminelles dans cette ville proviennent de Virginie, selon les autorités policières.
L'empressement des législateurs d'État à adopter les lois les plus démentielles proposées par la NRA s'explique par le fait que la majorité des Américains y sont favorables. Fous des armes à feu comme d'autres sont fous de Dieu.
J'exagère, pensez-vous? Je vous le demande: dans quel autre pays de la planète y a-t-il des projets de loi en discussion pour autoriser le port d'arme à feu dissimulée dans les garderies, les autobus scolaires et les églises?
L'Arizona a mis à l'étude une loi permettant le port d'armes dissimulées dans les collèges et les universités. Cet État permet déjà à ses résidents de porter une arme dissimulée sans besoin d'obtenir de permis (c'est aussi le cas au Vermont et en Alaska). La législation de l'Arizona abolit aussi la vérification des antécédents des acquéreurs d'armes à feu et toute nécessité pour eux de suivre une formation au maniement et à la sécurité de leur pistolet automatique bien-aimé. Vive la liberté!
Comme le suggère un lecteur du New York Times, aucun État ne devrait passer de loi autorisant le port d'armes à feu dans les écoles et les églises à moins de les avoir précédemment autorisés dans les galeries publiques de l'Assemblée législative. Le lecteur ajoute que le fait que les électeurs qui regardent les élus légiférer soient armés pourrait les amener à réfléchir avant de passer des lois insensées.
Je n'en suis pas sûr vu l'état avancé de la folie collective concernant les armes à feu dans ce pays.

