ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Et si Radio-Canada enquêtait sur Power Corporation ?

    Après Quebecor, Radio-Canada va enquêter sur Power Corporation !!!???

    Le titre est, bien sûr, factice mais voici ce que pourrait dire le communiqué annonçant une telle nouvelle si Radio-Canada n'était pas engagé dans une relation symbiotique avec Power Corporation/Gesca.

    32 novembre 2011. La direction générale de l'Information de Radio-Canada est fière d'annoncer qu'une équipe de l'émission Enquête dirigée par le journaliste Guy Gendron va préparer un reportage sur Power Corporation, la famille Desmarais et leur influence sur le pouvoir politique au Canada et en France.

    L'équipe de Guy, qui vient de roder ses techniques d'investigation en préparant un reportage sur Quebecor, un joueur mineur dans le grand jeu de la politique, s'attaque maintenant à l'acteur de calibre mondial qu'est Power Corporation. Nos journalistes vont relever ce défi avec le même souci de véracité et d'exactitude pointilleuse qui a caractérisé notre célèbre enquête sur l'industrie des sables bitumineux en Alberta que personne n'a oubliée.

    La SRC est en discussion avec l'ancien ministre libéral de la Justice et candidat défait dans Outremont, Martin Cauchon, qui a déjà été le valet de la famille Desmarais à Sagard, pour qu'il se joigne à l'équipe comme consultant. L'ancien domestique s'intéressera particulièrement au rôle d'incubateur de talents que Power joue auprès du Parti Libéral du Canada. D'autres tâcherons libéraux blanchis sous le harnais nous raconteront comment le géant corporatif a veillé sur eux tout au long de leur carrière pour leur offrir, en fin de vie utile, un point de chute pour attendre la retraite.

    Nous ferons aussi appel à un vieil habitué de Radio-Canada, notre ami à tous, Robert Guy Scully, un proche de la famille Desmarais. Pour collaborer à notre enquête il va interrompre brièvement l'hagiographie qu'il prépare sur le maître de Power corp. Confortablement installé dans la suite des Desmarais au Ritz de Paris, Robert Guy nous présentera, avec son charme obséquieux habituel, une extraordinaire exclusivité : la minute du patrimoine inédite dans laquelle Roch Voisine interprète le rôle de Paul Desmarais sr.

    Quelques-uns des râteleurs et la jobbeuse bien connue du Parti libéral fédéral, qui encombrent l'antenne à RDI, seront appelés en renfort pour soutenir le message que l'émission entend faire passer : « Merci les Desmarais pour tout ce que vous avez fait pour l'unité de notre beau et grand pays».

    Comme le dit un de nos interviewés : « l'État canadien dans le fond, c'est l'état Power corp ». Nous croyons être en mesure de faire des révélations sensationnelles sur la façon dont Nicolas Sarkozy et Jean Chrétien ont été placés au pouvoir.

    Pour éclairer le public sur les liens entre Power et ses médias, nous allons demander au département de journalisme de l'université de Montréal de faire une recherche sur les corrélations entre les prises de position éditoriales de La Presse et du Soleil et les intérêts de Power Corp et de la famille Desmarais. Une matrice de divergence sera aussi appliquée aux textes d'André Pratte, d'Alain Dubuc, de Lysiane Gagnon et Gilbert Lavoie pour tenter de découvrir s'ils n'ont jamais dérogé un tant soit peu de la ligne Power/Desmarais.

    Comme pour l'enquête sur Quebecor et Pierre-Karl Péladeau, Guy Gendron et son équipe pourront compter sur un budget exceptionnel. Vu l'importance sociétale du reportage, nous avons décidé de le diffuser en deux segments de 60 minutes. La société Radio-Canada remercie des entreprises européennes des secteurs du ciment, du pétrole, de l'électricité et des alcools pour leur généreuse assistance financière. Ces sociétés, qui veulent conserver l'anonymat, vont ainsi permettre la diffusion d'Enquête sans interruption publicitaire.

    Enfin, le directeur général de l'information tient à apporter un démenti catégorique aux bruits qui circulent à l'effet que c'est l'ombudsman de Radio-Canada, sous menace de démission, qui a imposé la réalisation d'une enquête sur Power/Desmarais à la suite de celle sur Quebecor/Péladeau. Il est complètement faux d'affirmer qu'il considérait que l'absence d'une enquête sur le groupe médiatique concurrent contrevenait aux dispositions de notre manuel d'éthique et de pratiques journalistiques concernant l'équilibre de traitement que la société Radio-Canada doit respecter dans sa couverture journalistique.