Jacques Duchesneau ne veut pas donner de noms comme je le demandais dans ma dernière chronique. Pas sans immunité, en tout cas!
Et plutôt que de s’en prendre aux magouilleurs, il attaque la Commission Charbonneau.
Il est frustré qu’en cinq jours de témoignage en juin, il n’ait pas réussi à faire à «passer ses messages». Il critique notamment les procureurs de la commission qui, selon lui, ne lui aurait pas assez tiré les vers du nez. On ne lui aurait pas directement demandé de réciter les noms de ceux qui se cachent derrière la corruption généralisée du secteur de la construction au Québec.
Il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Son témoignage jouissait de l’immunité, il pouvait donc à tout moment dans ses réponses donner plus de détails, élaborer sur les combines, parler des relations entre les propriétaires d’entreprises du secteur de la construction, les politiciens et des chefs des syndicaux. Les procureurs de la commission auraient pu tenter de l’interrompre. Et là, il aurait pu insister en affirmant que le public a le droit de savoir.
Pourquoi n’a-t-il pas agi ainsi? Jacques Duchesneau n’est pourtant pas un gars timide. Comment expliquer qu’il n’a su pas profiter de l’occasion?
Comme le dit le procureur-chef de la commission, Me Sylvain Lussier : «Vous connaissez le personnage, ce n'est pas quelqu'un qu'on contrôle! S'il avait des choses à dire, il pouvait les dire».
Duchesneau dit qu’il a donné les noms à la commission durant les interrogatoires préalables. À la commission Charbonneau, on soutient qu’il est resté vague... même dans les rencontres confidentielles. Il s’est contenté de fournir une liste de 200 entreprises sur lesquelles il a recueilli des renseignements, mais au sujet desquelles, dans les documents remis à la commission, il n'arrive à aucune conclusion. Me Lussier déclare que lui et ses procureurs se sont retrouvés devant une série de noms «aussi neutre et opaque qu'un bottin de téléphone.»
Quant à l’affirmation de Duchesneau que 70% de l'argent obtenu par les partis politiques était de l'argent sale, Me Lussier assure qu’elle se fonde dans la majorité des cas sur des sources anonymes que Duchesneau n’a pas voulu identifier.
Duchesneau et son chef, François Legault, ont mal pris la mise au point du procureur-chef de la commission. Selon eux, Me Lussier a manqué de jugement et à son devoir de réserve en répliquant aux propos de l’ex-policier. Ils l’accusent de s’immiscer dans la campagne électorale et de manquer d’impartialité.
Qui dit vrai Jacques Duchesneau ou Sylvain Lussier ?
Il est extrêmement important d’aller au fond des choses le plus rapidement possible. Nous sommes en campagne électorale et la corruption en est le thème central.
Il faut que la commissaire France Charbonneau accède à la demande de Jacques Duchesneau et qu’elle l’entende, dès lundi si possible... après lui avoir accordé l’immunité. Il pourra ainsi donner des noms et des réponses «à toutes les questions qui n’ont toujours pas été posées».
D’ailleurs, tous les partis devraient demander publiquement à la juge Charbonneau de convoquer Jacques Duchesneau le plus rapidement possible. Ça devrait faire l’affaire de Jean Charest puisqu’il lui a demandé de prouver ses allégations sur le financement occulte des partis politiques «au lieu de salir tout le monde». De Pauline Marois également. Duchesneau, on le sait, reproche à la procureure du PQ de ne pas lui avoir posé de questions sur le financement illégal des partis politiques lors de son témoignage devant la commission Charbonneau.
Duchesneau doit vider son sac devant la Commission Charbonneau
Par Normand Lester | La chronique de Normand Lester – mer. 8 août 2012Pagination
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