ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    La chronique de Normand Lester

    Comme nous, la CIA a appris la mort de Kim Jong-il à la télé

    L'annonce soudaine de la mort du numéro un nord-coréen Kim Jong-Il a été faite 2 jours après sa mort à la télévision. …J’ai déjà écrit sur la misérable performance de la CIA au cours de ses quelque 60 années d’existence. Comment elle a été surprise par pratiquement toutes les grandes affaires internationales qui ont marqué l’histoire contemporaine de la chute de l’Union Soviétique à l’attentat du World Trade Center.

    La CIA n’est que la plus connue des 16 organisations qui constituent l’appareil de renseignement des États-Unis. Leur budget pour 2010 était de 80 milliards de dollars, 50 pour les services secrets civils, 30 pour les services de renseignements militaires.


    Après le désastre du 11 septembre 2001, on avait augmenté le budget et réorganisé les organes de renseignements. Résultats? Les informations erronées sur les armes de destruction massive inexistantes de Saddam et ses relations imaginaires avec Ben Laden ont largement contribué à inciter Bush à attaquer l’Irak. Ensuite le printemps arabe a surpris les espions américains et voici maintenant que leur ennemi le plus redoutable et le mieux armé meurt sans qu’ils s’en aperçoivent. Dans les deux jours (51 heures) qui ont suivi le moment de la mort de Kim Jong-il, jusqu'à l'annonce officielle, les services de renseignements américains n’ont rien détecté d'inhabituel. Leur haut niveau d’incompétence se maintient. 

    Qu’est-ce qu’un gouvernement demande à ses espions? Les services secrets existent pour prévoir, anticiper et prévenir. Pour détecter les menaces, établir les intentions et les moyens des adversaires potentiels et des ennemis.


    Dans le cas de Kim Jong-il et de la Corée du Nord il faut attribuer aux espions américains la note zéro sur dix. L’alerte générale a été déclenchée quand le personnel de permanence des services secrets a vu à l'écran la robe noire de la présentatrice nord-coréenne et son allure lamentable de veuve éplorée. Les chefs de la CIA, comme tout le monde, ont appris la nouvelle de la télévision. La Corée du Nord est pourtant, avec l’Iran et le Pakistan, une des cibles prioritaires des services secrets américains.

    Les capacités d’écoutes électroniques du réseau mondial Échelon de la NSA n’ont servi à rien. Les satellites-espions dont les capteurs électro-optiques sont braqués sur la Corée du nord 24/7 n’on rien vu. La haute technologie dans le domaine du renseignement ne remplace pas l’espion sur le terrain, le traître à payer ou à faire chanter. Les caméras, les écoutes ne servent à rien si l'on n’a pas des agents infiltrés, des informateurs dans les cercles dirigeants de l’adversaire.


    Le New York Time rappelle que les services secrets américains n’avaient pas réussi à découvrir que Pyongyang construisait secrètement une usine d'enrichissement d'uranium pendant environ un an et demi, jusqu'à ce que la Corée du Nord invite à la fin 2010 un spécialiste nucléaire américain à visiter son complexe nucléaire de Yongbyon.

    C’est comme si les Coréens s’étaient dit : « Les Américains sont vraiment nuls. Ils sont incapables de découvrir notre usine d'enrichissement d'uranium et ça diminue notre force dissuasive, notre capacité à les faire chanter avec nos menaces. On va inviter un de leurs experts à venir la voir pour qu’ils comprennent où nous en sommes et leur foutre la trouille.»


    Même si les États-Unis peuvent compter sur les services sud-coréens qu’ils ont formés à leur image, ils ne connaissent pas la capacité nucléaire déployée d’un de leurs ennemis potentiels prioritaires. Ils ne savent pas combien de fusées nucléaires sont opérationnelles. Ils ignorent la structure de la chaîne de commandement et les infrastructures physiques de communication reliant les décideurs aux systèmes d’armes.

    Les dangers de mauvaises interprétations des initiatives nord-coréennes sont d’autant plus grands qu’on ne sait rien des intentions des nouveaux dirigeants. Qui, d’ailleurs, dirige vraiment le pays : Kim Jong-un, le petit gros joufflu, son oncle ou sa tante?


    Pour la sécurité de l’Asie, pour celle de la planète entière, espérons, maintenant qu’ils sont avertis qu’il se passe quelque chose en Corée du Nord, qu’ils vont détecter, s’ils se manifestent, des signes d'effondrement du régime ou de préparatifs de guerre avant qu’ils les voient à la télévision.