Le fait que Sylvio Berlusconi ait été si longtemps au pouvoir et qu'il ait été réélu à plusieurs reprises est un triste reflet de la démocratie italienne. Cela démontre l'influence déterminante des médias sur la perception des politiciens par l'opinion publique et sur les comportements électoraux. Berlusconi, le troisième homme le plus riche d'Italie, par le biais de sa société Fininvest, domine le paysage médiatique du pays.
Il ne faut pas se réjouir trop rapidement du départ du vieux clown lubrique, il pourrait encore se raviser. Sa démission va entraîner la réouverture de dizaines de dossiers criminels pour lesquels ses fonctions lui donnaient l'immunité.
Depuis plus de 30 ans, il a fait l'objet d'enquêtes pour collusion avec une organisation criminelle (mafia), faux témoignage, fraude fiscale, fraude, corruption, corruption de policiers, corruption de juges, relations sexuelles avec des mineures. À plusieurs titres pour certaines de ces accusations. Jusqu'ici, il n'a été reconnu coupable que de faux témoignage dans le cas de l'enquête sur la célèbre loge maçonnique P2 dont il était membre. Dans trois autres cas, il s'est fait élire et il a fait modifier la loi afin de restreindre la période de poursuite et ainsi faire tomber les accusations pour prescription.
Churchill disait que la démocratie n'est pas le meilleur système de gouvernement, mais le moins pire. Le cas Berlusconi en est un bel exemple. La réalité est qu'une partie importante des Italiens, surtout de la partie méridionale du pays, l'admirent et l'envient d'être capable de faire un pied de nez à la police, aux tribunaux, à la loi. Ça fait malheureusement partie d'une certaine culture « méditerranéenne ». Regardez le pays d'à côté, la Grèce.
J'espère que l'Italie va maintenant sérieusement modifier ses lois sur la concentration des médias pour empêcher que le phénomène Berlusconi se reproduise.
Le contrôle de l'information est le prérequis des régimes totalitaires comme Cuba, l'Iran, la Corée du Nord, la Chine ou le Vietnam. Il s'observe également dans les états démocratiques ou semi-démocratiques : l'Italie, la Russie bien sûr, mais aussi les États-Unis. Chez nos voisins du sud, tous les grands médias sont sous l'influence d'une petite clique de ploutocrates qui décident ce que les Américains vont entendre, lire, voir et comprendre. Cette même clique finance les deux grands partis politiques, et domine le secteur financier.
Malgré des divergences de façades, tout ce beau monde s'entend sur les questions essentielles. Les « mainstream medias » CNN, FOX, ABC, NBC, CBS, TIME, le Washington Post, le New York Times, le Wall Street Journal ont soutenu l'invasion d'Irak et ont caché pendant des années les mensonges de Bush et ses complices.
Le problème en soi n'est pas une certaine concentration médiatique inévitable, mais lorsque ces groupes sont en collusion pour décider ce qui se dit et ce qui ne se dit pas.
Heureusement pour nous au Québec, les deux principaux groupes médiatiques se détestent et se livrent une concurrence sans merci pour des parts de marché. Cette saine animosité assure la liberté d'information autant que les lois électorales. Que serait le Québec si Power Corporation/SRC et Québécor s'entendaient? Nous vivrions une situation comme celle des États-Unis. Si un seul groupe réussissait à absorber l'autre? Nous serions l'Italie.
Au milieu des années 80, alors que j'étais correspondant à Paris, Berlusconi avait déjà une réputation de flibustier. Cela n'a pas empêché François Mitterrand de lui accorder une participation de 40 % dans une chaîne publique qu'il venait de privatiser. Ristournes au Parti socialiste ou à Mitterrand lui-même? Le bruit avait circulé. Les deux hommes s'entendaient comme larrons en foire et se voyaient lorsque Mitterrand séjournait dans sa garçonnière de Venise, un palacio du XVIIe siècle sur le Grand Canal avec un jardin. Cré socialiste va!
Des médias d'opposition ont récemment rapporté une conversation téléphonique où Berlusconi affirme que l'Italie est un pays merdique qu'il a hâte de quitter. Moi, j'espère qu'il y reste encore de nombreuses années … dans ses geôles.
Encore une fois, je rêve en couleur. Les criminels riches et influents ne vont jamais en prison, ni en Italie, ni au Québec.

