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    Le vieux truc d’Éric Duhaime

    Éric DuhaimeDans sa courageuse croisade envers les syndicats, le chroniqueur au Journal de Québec, Éric Duhaime, use du vieux truc de la demie-vérité pour donner du «punch» à une argumentation boiteuse.

    La demie-vérité, c'est l'art d'occulter certains faits qui pourraient contredire l'opinion défendue.

    En ce qui me concerne, c'est la marque d'une paresse, voire d'une malhonnêteté, intellectuelle.

    Le dernier coup de gueule de M. Duhaime envers la CSN a dû plaire à son Pierre Karl Péladeau de patron. Hélas, c'est n'importe quoi.

    Je le cite :

    «Pour attirer une foule monstre [à une manifestation nationale organisée demain], les centrales n'hésitent pas à dilapider les cotisations de leurs membres. [...] En Gaspésie, les ouailles de Claudette Carbonneau se font encore plus généreuses : «tout est payé par la CSN (transport, coucher, déjeuner + enveloppe de 50 $ à chaque participant)». Vous avez bien lu : la CSN paye des gens avec votre argent, chers syndiqués, pour venir appuyer l'idéologie de vos dirigeants!».»

    Les lecteurs de cette chronique restent donc sur l'impression que la CSN «paie des figurants» pour gonfler artificiellement la foule de manifestants.

    Ce qu'Éric Duhaime ne précise pas, c'est que la pratique existe depuis belle lurette.

    Et les «cadeaux» de la CSN ne sont pas des «carottes» rendues nécessaires pour que les militants bougent leur gros derrière.

    C'est tout simplement parce que le Québec est vaste et peu peuplé.

    *

    Au téléphone, la porte-parole de la CSN, Michelle Filteau, précise qu'aucun militant de Montréal n'est payé pour participer à la manifestation du 12 mars contre la privatisation des services.

    Cela dit, un militant montréalais n'a qu'à débourser le coût d'un ticket de métro pour participer à la manif.

    Le militant gaspésien, quant à lui, doit se taper 1000 kilomètres de route et «booker» deux journées de sa vie pour brandir des pancartes pendant deux heures à la Place du Canada à Montréal.

    L'implication n'est pas la même.

    Voilà pourquoi la CSN offre le transport, le goûter, l'hébergement et un per diem aux militants qui oseront faire la route de Percé à Montréal pour exercer leur droit démocratique de manifester.

    Est-il déraisonnable, de la part d'une centrale syndicale, d'utiliser les moyens dont elle dispose pour faciliter la vie à une poignée de militants provenant des régions éloignées?

    On peut nommer ces gens des «figurants», comme le fait Éric Duhaime.

    On peut aussi parler d'un effort louable des organisateurs de la manif d'assurer une meilleure représentativité des régions du Québec.

    Je m'étonne qu'Éric Duhaime, qui aime tant casser du sucre sur le dos de Montréal et de la clique du Plateau, ne soit pas plus sensible à l'initiative...