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    Mort de Zellers: ô surprise !

    Zellers, à St-Eustache en 2011. (Photo: Presse Canadienne)Personne n’est tombé par terre en apprenant la disparition de Zellers, d’ici mars 2013. «C’était écrit dans le ciel», dit Jean-François Grenier, directeur sénior au Groupe Altus.

    En 2011, il a produit une étude sur la présence des détaillants internationaux au Canada et au Québec pour le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec.

    «On ne pouvait pas imaginer que La Baie aurait pu conserver 64 magasins éparpillés un peu partout au pays, et des magasins parmi les moins performants en plus», dit-il. On connaît l’histoire récente.

    Janvier 2011. Target, le géant américain du commerce de détail, annonçait l’acquisition de 220 baux commerciaux de Zellers pour la somme de 1,8 milliard de dollars.

    C’était le premier clou dans le cercueil du gros Z rouge. À l’époque, on ignorait encore si La Compagnie de la Baie d’Hudson, propriétaire de Zellers, conserverait les 64 magasins qui n’étaient pas inclus dans la transaction.

    On le sait désormais: Zellers disparaîtra, entraînant la mise à pied d’environ 6400 employés. Il se pourrait par contre que certains ex-Zellers soient transformés en La Baie ou en magasins Déco Découverte.

    Le dernier d’une longue liste

    La tendance est lourde: depuis une trentaine d’années, de nombreux détaillants d’origine canadienne disparaissent ou tombent dans des mains américaines.

    D’ailleurs, Zellers était américaine depuis 2006, année où l’homme d’affaires new-yorkais Jerry Zucker achetait La Compagnie de la Baie d’Hudson.

    Pour mémoire, rappelons que :

    • Eaton, qui a longtemps été l’une des plus importantes entreprises de détail au pays, a été fondée en 1869. Elle fait faillite en 1999;
    • Winners, fondée à Toronto en 1982, appartient depuis 1990 à l’américaine TJX;

    • Dollarama, fondée à Matane en 1992, est passée aux mains de la firme d’investissement américaine Bain Capital en 2004. L’entreprise s’inscrit en Bourse en 2009;

    • Future Shop, fondée à Vancouver en 1982, a été rachetée par Best Buy en 2009;

    • Suzy Shier, une boutique pour femmes fondée à Sherbrooke en 1966, est maintenant connue sous le nom de La Senza, une filiale de Limited Brand (Victoria’s Secret).

    Ajoutons à cela l’arrivée en sol canadien des Wal-Mart, Costco, Home Depot et Business Depot (Bureau en gros) au cours des dernières années. De plus en plus, les magasins à grande surface de nos centres commerciaux ne sont pas de chez nous.

    Selon l’étude du Groupe Altus mentionnée plus haut, les détaillants américains présents au Canada accaparaient le tiers des parts de marché en 2010.

    Les magasins d’ici ne font plus le poids

    Dans l’industrie du commerce de détail, Couche-Tard compte parmi les rares détaillants locaux à avoir réussi une expansion hors Canada. La bannière québécoise exploite 3500 magasins aux États-Unis (principalement sous la marque Circle K).

    Cela dit, la plupart du temps, les détaillants canadiens piétinent ou se font avaler par de plus gros joueurs. Pourquoi les bannières canadiennes sont-elles plus souvent des proies que des prédateurs? Le rapport du Groupe Altus avance quelques facteurs:
    • La taille relativement restreinte du marché canadien réduit le pouvoir d’achat des détaillants de chez nous. Dans la guerre des bas prix, un Zellers peut difficilement rivaliser avec un Wal-Mart.
    • Les détaillants canadiens sont pour la plupart des entreprises à capital fermé, «ce qui limite fortement l’accès rapide à du capital de risque». Elles n’ont pas les fonds nécessaires pour une expansion rapide.

    • Des détaillants canadiens qui voudraient amorcer leur expansion aux États-Unis feraient face à une concurrence vive, d’autant plus que la plupart des grandes chaînes de commerce de détail d’ici ne sont souvent que «des copies que ce qui existe ailleurs».

    Qui sera le prochain?

    Selon certains, la chaîne de boutiques canadienne Reitmans pourrait être une belle cible. Des rumeurs ont aussi couru au printemps dernier à propos d’une possible acquisition de RONA par le géant Lowe’s. Ces rumeurs, cependant, ont vite été étouffées par la direction de RONA.

    Canadian Tire pourrait difficilement être achetée à cause de son mode de propriété (chaque magasin est exploité par un «marchand» qui est propriétaire des stocks, des accessoires fixes et qui ont la responsabilité des frais d’exploitation et des frais de personnel de leur magasin).

    Plus logiquement, on pourrait assister au cours des prochaines années à une transaction semblable à celle de Target/Zellers. Un géant américain achèterait les emplacements d’une grande chaîne, afin de pouvoir attaquer rapidement le marché canadien.

    «Il n’y a pas de gros développement immobilier commercial, et il n’y a plus tellement d’espaces disponibles dans les centres commerciaux, dit Jean-François Grenier. Pour un détaillant qui veut entrer rapidement dans un marché, acheter les emplacements d’un autre détaillant est une bonne stratégie.»