La commission électorale birmane a ordonné vendredi à l'opposante Aung San Suu Kyi d'utiliser le mot « Myanmar » pour évoquer son pays, et non « Birmanie, » un nom que « personne » n'aurait le droit de prononcer.
Le Myanmar a grandement changé depuis la dernière année, mais les autorités birmanes tiennent à ce que le pays continue de s'appeler « République de l'Union du Myanmar », tel que spécifié dans la constitution de 2008.
La commission électorale a publié une déclaration dans le quotidien d'État New Light of Myanmar critiquant Suu Kyi pour son utilisation du mot « Birmanie » dans ses discours en anglais lors de sa tournée européenne qui s'achevait vendredi.
Il y a plus de vingt ans, la junte alors au pouvoir avait rebaptisé en anglais le pays « Myanmar » dans le but de refléter la diversité ethnique de la population. Elle estimait que « Birmanie » était un reliquat de la colonisation britannique, et que ce terme favorisait la majorité ethnique « birmane » ou « bamar, » aux dépens des nombreuses minorités ethniques du pays.
Le changement a cependant fait l'objet d'un combat politique. Des opposants et groupes en exil, tout comme certains gouvernements étrangers, ont persisté à utiliser le mot « Burma » en signe de protestation contre un régime qu'ils considéraient comme antidémocratique et illégitime.
Après son élection comme députée en avril dernier, Mme Suu Kyi avait prêté serment à la constitution. Suite à l'avertissement de la commission électorale, le porte-parole de son parti a cependant répondu que le fait d'appeler le pays « Birmanie » ne revient pas à manquer de respect envers la constitution.
Lauréate du prix Nobel de la Paix en 1991, Aung San Suu Kyi est une icône de la démocratie birmane.
Le 30 mars 2011, le chef de la junte annonce la dissolution du régime militaire et de la nomination d'un gouvernement civil. En avril dernier, le parti de mme Suu Kyi a gagné une douzaine de sièges au parlement, symbole de la réforme entreprise par le président Thein Sein. Son récent triomphe politique dans les urnes est l'aboutissement de 25 ans de lutte politique.
Aung San Suu Kyi avait choisi la Thaïlande pour son premier voyage à l'étranger depuis 24 ans, périple qui avait mis un terme à deux décennies d'isolement. Elle a ensuite effectué une tournée de 17 jours en Europe, où elle n'avait pas mis les pieds depuis 1988.
Elle a terminé sa tournée historique des pays européens avec la France, mardi. Elle y a rencontré le président François Hollande, qui l'a assurée du soutien de l'Élysée dans la transition démocratique en Birmanie.
Radio-Canada.ca avec AFP et Associated Press


