Tandis que l'ouest de la Birmanie est touché par une vague de violences meurtrières entre communautés musulmane et bouddhiste, la chef de file de l'opposition birmane Aung San Suu Kyi a quitté Rangoon mercredi pour une tournée historique en Europe.
Avant son départ du pays, Aung San Suu Kyi a déclaré vouloir « faire de [son] mieux dans l'intérêt de la population » birmane. Ce voyage de 15 jours lui permettra enfin de prononcer son discours de lauréate du prix Nobel de la paix, 21 ans après avoir reçu cette distinction pour son combat en faveur de la démocratie au Myanmar.
L'opposante birmane doit arriver mercredi soir à Genève, avant de se rendre en Grande-Bretagne, où elle a fait ses études et fondé sa famille. Son périple européen doit aussi la conduire à Dublin, en Irlande, ainsi qu'à Paris, en France.
Aung San Suu Kyi avait choisi la Thaïlande il y a deux semaines pour son premier voyage à l'étranger depuis 24 ans, périple qui avait mis un terme à deux décennies d'isolement.
Bête noire de la junte militaire, l'opposante birmane a été libérée en novembre 2010 après sept ans de résidence surveillée. Elle s'est ensuite lancée dans la joute politique, puis s'est fait élire dans la circonscription rurale de Kawhmu, au sud de Rangoon. Pour la première fois de sa carrière politique, Aung San Suu Kyi a alors obtenu un siège de députée à la chambre basse du Parlement birman, en avril dernier.
Entre-temps, un haut responsable des Nations unies est arrivé en matinée à Sittwe, la capitale de l'État Rakhine, région touchée depuis plusieurs jours par des violences meurtrières. Le conseiller spécial pour la Birmanie du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, Vijay Nambiar, s'est ensuite dirigé vers Maungdaw, à la frontière avec le Bangladesh.
C'est à Maungdaw que les violences religieuses ont éclaté vendredi dernier, et elles se sont poursuivies depuis. Ce sont les plus graves depuis l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement civil l'an dernier.
Ces affrontements ont fait suite au lynchage de 10 membres de la communauté musulmane par une centaine de bouddhistes, dans le sud de l'État Rakhine, le 3 juin dernier. Ces derniers disaient avoir réagi eux-mêmes au viol d'une jeune bouddhiste par trois musulmans présumés.
L'insécurité et les troubles dans la région ont contraint le président du Myanmar, Thein Sein, à décréter l'état d'urgence dans l'État Rakhine et ont poussé l'Organisation des Nations unies à évacuer son personnel des zones touchées par les violences religieuses.
Médecins sans Frontières, l'une des seules organisations à travailler dans la région, a ensuite annoncé être obligée de suspendre ses activités en raison de l'insécurité au pays.
Un calme précaire régnait mercredi dans la capitale, alors que les militaires et les policiers antiémeutes circulaient dans les rues pour faire respecter l'état d'urgence.
Les affrontements ont fait environ 25 morts et 41 blessés depuis vendredi, a indiqué un responsable gouvernemental birman. Quelque 1600 maisons ont été brûlées et des milliers de personnes ont dû fuir leur foyer, selon la presse officielle.
Radio-Canada.ca avec AFP et Associated Press


