L'Union paysanne invite les agriculteurs à suspendre leur cotisation à l'Union des producteurs agricoles (UPA) pour mettre fin à leur monopole syndical.
Une centaine d'agriculteurs à travers la province ont répondu favorablement à cet appel au boycottage.
Jusqu'à maintenant, Donald Dubé, de la ferme du Vert Mouton à Saint-Valérien, est le seul agriculteur de l'Est du Québec à avoir refusé de payer sa cotisation syndicale à l'UPA. Il explique sa décision par le faible niveau de représentation de l'UPA pour la petite ferme familiale indépendante, certifiée biologique. « L'UPA ne peut pas continuer à prétendre défendre à la fois les intégrateurs et la ferme familiale parce que les fermes familiales disparaissent tranquillement à cause de ces intégrateurs », soutient M. Dubé.
À l'instar de ses collègues qui suivent ce mouvement, Donald Dubé se prive ainsi d'un remboursement de taxes foncières.
Selon la loi, la cotisation à l'UPA est obligatoire pour profiter de ce remboursement, ce que désapprouve le président de l'Union paysanne, Benoît Girouard. « Normalement, souligne M. Girouard, un syndicat qui ne reçoit pas sa cotisation va poursuivre son membre devant les tribunaux. En agriculture, vous allez être poursuivi, mais en plus, l'État est complice et vous punit. »
Depuis 40 ans, l'UPA est le seul syndicat agricole reconnu par le gouvernement et représente plus de 40 000 agriculteurs.
L'Union paysanne compte 1200 membres à travers la province, dont plus de 80 au Bas-Saint-Laurent. Depuis mai, des conseils officiels ont été formés dans la région, terre natale de l'organisation, ainsi qu'en Abitibi-Témiscamingue.
Par ailleurs, l'Union paysanne n'écarte pas une alliance avec l'Union des agriculteurs libres, formée l'été dernier. Cette formation milite également pour la fin du monopole syndical de l'UPA.
Bien que l'UPA soit le seul syndicat agricole reconnu par le gouvernement depuis 40 ans, le professeur d'économie agroalimentaire à l'Université Laval, Michel Morisset, estime que les agriculteurs sont peu nombreux à vouloir mettre fin à ce monopole. « L'Union paysanne, qui existe depuis 10 ans, n'a pas réussi à mobiliser un nombre significatif d'agriculteurs. Ça n'a pas été démontré que les agriculteurs voulaient sérieusement remettre en question leur propre organisation », constate M. Morisset.
Selon le professeur, le gouvernement devrait toutefois demander aux agriculteurs s'ils se sentent bien représentés, ce qui n'a pas été fait depuis 1972.
Cette consultation fait notamment partie des recommandations du rapport Pronovost sur l'avenir de l'agriculture, déposé il y a maintenant quatre ans.
Selon le porte-parole de l'opposition en matière d'agriculture, le député de Kamouraska-Témiscouata, André Simard, la reconnaissance d'autres groupes syndicaux pourrait réduire le poids politique des agriculteurs. « Je ne suis pas en train de défendre le statu quo, mais quand il y a du fractionnement, il y a aussi un fractionnement des rapports de force qui peut être plus difficile à obtenir du point de vue des agriculteurs vis-à-vis un gouvernement », explique le député du Parti québécois.
Lors du dernier congrès du Parti libéral en octobre, une résolution pour la liberté d'association dans le secteur agricole a été adoptée. Toutefois, le ministre de l'Agriculture, Pierre Corbeil a refusé d'accorder une entrevue à Radio-Canada à ce sujet.
D'après un reportage de Julie Tremblay







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